12 Apôtres des Carmes

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12 Apôtres de l'ancienne église des Carmes de La Rochette
vers 1515 ?

Deux Collèges "des Apôtres" sont connus dans la région de Chambéry : le premier, dans l'église Saint-Pierre de Lémenc à Chambéry, a disparu, volé ; le second est celui de l'ancienne église des Carmes de La Rochette.
Vidée de ses moines par la Révolution, cette église conventuelle considérablement "raccourcie" au XIXe siècle est devenue l'église paroissiale de La Rochette ; son aménagement (stalles, collège des apôtres…) a donc été redéployé. La disposition actuelle des statues le long des murs de la "nef" actuelle, daterait de 1986.


                       Le Collège des 12 Apôtres dans l'ancienne église des Carmes de La Rochette.

Questions de style
Les documents concernant la création de ce groupe semblent perdus (?)
Mais on doit le situer par rapport à la vie du seigneur local, Louis de Seyssel-La Chambre, mort en 1517 : celui-ci a financé de nombreuses œuvres d'art religieux dans ses dernières années (collégiale de La Chambre, collégiale Saint-Anne du château de Chamoux, et surtout, cette église des Carmes de La Rochette où il avait fait construire un tombeau somptueux - détruit à la Révolution -, et offert d'autres œuvres encore).

Raymond Oursel avait déjà noté (1975) que certaines figurent d'Apôtres étaient apparentées au groupe "de Saint-Offenge-dessus" - ou à la Nativité de la Cathédrale de Chambéry.

Mauro Natale (2002), et Sandrine Boisset (2015) distinguent des "mains" différentes dans cette série des 12 apôtres de la Rochette : la réalisation de ces 12 statues a dû constituer un important chantier, où divers maîtres - et leurs collaborateurs - se sont côtoyés. Car, au-delà des caractères stylistiques qui les distinguent, on voit que leur taille (±80cm), leur mise en scène sont cohérentes.

M. Natale (2002) : "Certaines de ces statues présentent des caractères inhabituels dans la sculpture française, mais plus fréquents dans la culture figurative de l’Allemagne méridionale, au point que nous pouvons les imaginer réalisées par un sculpteur originaire du Rhin supérieur ou de la Souabe : les corps de Saint Simon, avec son manteau qui retombe en pointe sur le devant, de Saint Paul enveloppé dans une ample draperie aux plis profonds et de Saint Philippe, sont réalisés avec une grande liberté et mettent en évidence des tensions accentuées ; ces œuvres confirment l’attraction exercée par la culture allemande que nous avons déjà observée dans le diocèse de Genève.
Un autre groupe, caractérisé par des chevelures annelées  en boucles, par des visages aux traits réguliers et aux pommettes saillantes et par les mouvements contenus des corps et des drapés, se présente au contraire comme l’œuvre d’un atelier qui, par son lien de dépendance avec la mise au tombeau de Lémenc et la Vierge du Bourget-du-Lac, a dû être longtemps actif à Chambéry. (…) Une autre œuvre [à Saint-Offenges-Dessus, dite Pietà des Antonites par M.Natale] appartenant au même groupe stylistique (…) représente la  Piétà entre Saint Jean-l’Évangéliste et Sainte Marie-Madeleine. (…) Le lien de ce groupe sculpté avec les Apôtres de la Rochette apparaît évident, particulièrement si l’on compare les deux figures de Saint-Jean."
"Le chantier de la Rochette fournit à l’ensemble du groupe dépourvu de références documentaires précises, un point d’ancrage, en se situant peu avant la mort de Louis de Seyssel en 1517."
Depuis 2002 l'historien d'art V. Natale a attribué la Vierge de pitié de Saint-Offenge-Dessus (venu du couvent des Antonins) à un 'hypothétique  « Maitre de la Pietà Antonins » ; puis rogressivement enrichi le corpus avec : le  relief de la Vision de saint Hubert du musée d'Annecy ; le saint Bernard du château de Menthon-Saint-Bernard en Haute-Savoie ; le buste de saint Sébastien du musée d'art et d'histoire de Genève ; les figures de saint Jean l'Évangéliste, saint Jude, saint Matthieu, saint Barthélemy, saint Pierre, saint André et saint Jacques le Mineur du collège apostolique de La Rochette (Savoie); la Vierge à l'Enfant assise et le saint Jean l’Évangéliste du Bourget-du-Lac ; le panneau sculpté de la Nativité de la cathédrale de Chambéry ; la Marie-Madeleine du musée de Brou à Bourg-en-Bresse ; la Vierge de pitié, le saint Léonard et du saint Hilaire du trésor de la cathédrale d'Aoste…

Combien de mains ?
Les Apôtres sont regroupés ci-dessous selon la "main" qui  semble les avoir créés. (lectures V. N. 2002, S.B. 2015)

Groupe 1 (maître des Antonins ?) : Jean, Barthélémy, Mathias (ou Jude),
et d'une seconde main plus "douce" p.e. Mathieu, Pierre, André, Jacques le Mineur
Groupe 2 (atelier de Peter et Mattelin Vuarser, sculpteurs genevois p.e. présents à Saint-Jean-de-Maurienne vers 1498?): Paul, Jacques le Majeur et les supposés Philippe, Simon, Thomas (voir ci-dessous)


L'identification des apôtres
Ce n'est pas toujours facile : Pierre a bien conservé sa clé, et André sa croix, mais d'autres ont perdu leur main … et leur attribut (souvent, l'instrument de leur supplice); ou bien, le bâton, le gourdin, l'épée, etc, peuvent caractériser plusieurs suppliciés ; aussi, les dénominations hésitent et varient, appuyées sur l'observation de détails moins sûrs.

S. Boisset a proposé une identification différente de celle qui est affectée aux statues sur leur cartouche, en s'appuyant sur ce qui reste de leurs atttributs, suivant leur représentation locale en Savoie.

Identification sûre pour :
Jean (et son calice), Pierre (à la clef), André (et sa croix du même nom), Jacques le Majeur (en tenue de voyageur), Paul (et son épée)

Hypothèses ensuite :
Philippe (et la hampe de sa croix disparue ? ) : inchangé
Barthélémy, souvent porteur du couteau d'écorcheur ou de la peau de son supplice : inchangé

Thomas (selon le cartouche de La Rochette) serait en fait : Simon (scie, déhanchement)
Simon (selon le cartouche) serait en fait : Jacques le Mineur - il porte le bâton de foulon de son martyre
Mathieu (selon le cartouche) serait en fait : Thomas (il porte ici une main à sa ceinture - référence à la ceinture miraculeuse remise par la Vierge ?) ; il a pour attributs ordinaires la hache de son martyre ou une équerre d’architecte.

Resterait à donner une nouvelle identité aux statues attribuées à Jude et à Jacques le Mineur à confirmer et qui seraient donc  pour Jude (ou Mathias) et Mathieu
Jude (appuyé à un bâton de foulon, ou une hache, remplace souvent Matthias); Mathias se représente avec une hache.
Mathieu, ses attributs attendus sont l'épée et la lance

 

Un donateur caché ?
Est-il pertinent… ou impertinent, de rapprocher le portrait de Louis de Seyssel-La Chambre (château de Musin) du visage de Thomas (supposé Simon) ? On a vu d'autres exemples de ces transferts…

 

Bibliographie, Source(s): 

Photos                                          A et JF Dhénin (cliquer pour agrandir)
Raymond OURSEL                          Art en Savoie, 1975 ; Les chemins du sacré,  2008
Catalogue exposition, collectif       La Renaissance en Savoie, au temps du duc Charles II, 2002, F. ELSIG et M.NATALE
Sandrine BOISSET-THERMES            La sculpture en Savoie : ateliers, artistes et commanditaires (…) Thèse du 24 11 2015
Site Culture .gouv.fr                      Les attributs des saints(le lien est externe)

Image box: 

Apôtre Jean l'Evangéliste
Apôtre Barthelemy - ?
Apôtre Jude p.e.
Apôtre  Jacques le Mineur p.e. Mathieu ?
Apôtre Pierre
Apôtre  André
apotre_simon_p.e_jacques_le_mineur.jpg
Apôtre Paul
Apôtre Jacques le majeur
Apôtre Philippe
Apôtre Thomas (cartouche) ou Simon ?
Apôtre Mathieu (cartouche) ou  Thomas ?
Portrait de Louis de Seyssel-La Chambre
Apôtre Thomas (cartouche) ou Simon ? Détail